La peur. Elle est là, massive, présente et stupide, il n'y a pas à se le cacher. Le feu au cul et pas pouvoir courrir. Seulement, la peur, on peut tout de même quelque chose sur elle : la refuser ; une lettre recommandée au Diable, et on la refuse. Elle continue à attendre à la porte. Elle fait son lit derrière, dans le tank à nitroglycérine ; de là, elle guette. Elle fait bon ménage avec cette soupe à mort subite. Comme une paire de chats, un couple de tigres qui font semblant de dormir pour mieux choisir leur moment. Mais si c'est l'explosif qui bondit le premier, la peur sera dupée, bredouille, elle arrivera trop tard. Pourtant elle est là, tapie derrière votre dos, le train de derrière ramassé sous son ventre de grande bête bleue, apocalypse pour de vrai, elle est là, prête à sauter.

Qu'est-ce qu'ils vous ont donc fait les Américains ? Trop. Ils viennent ici, ils achètent le pétrole, ils le paient au gouvernement ; le gouvernement fout le camp avec la caisse, ils n'a plus besoin de nous, nous sommes plus malheureux et plus pauvres qu'avant. Les gringos nous font construire des routes à coups de pieds au cul et c'est leurs camions qui roulent dessus ; quand nous y passons avec la charette à âne, ils nous font payer l'amende. Ils ouvrent des écoles pour apprendre à nos enfants à lire leurs journaux, à leur obéir, à voter pour eux et à travailler pareil.Ils apportent de l'argent pour coucher avec nos femmes, après ça, elles ne savent plus faire l'amour ; d'ailleurs, tout ce qu'ils leur donnent, elles le dépensent pour acheter des robes et des sacs à main en matière plastique... Nous haïssons les Yankees.

C'est toujours la même histoire : des étrangers sont assez fous pour accepter de mourrir pour de l'argent ; et puis c'est nous qui mourrons et nous ne touchons pas un sou.