Berthold Brecht est connu pour ses opinions anti-nazies. On s'attend donc plutôt à une charge véhémente contre le système mais la pièce est plus fine que cela.

Aucune référence directe au nazisme ou à l'Allemagne n'est faite. Toute l'histoire est transposée à Chicago où le syndicat du chou-fleur est noyauté par un violent sans éducation accompagné de quelques gorilles. Un peu de corruption, d'intimidation, un peu de lâcheté et le tour est joué.

Certains moments de la pièce sont soulignés par l'affichage de panneaux indiquant le parallèle direct avec un événement précis : incendie du Reichtag, démission du Chancelier...

Il semble que Brecht veuille nous montrer, plus que l'ascencion de cet Arturo Ui, tous les moments où les autres, les gens en place, les acolytes, les opposants, les indifférents auraient pu agir et stopper sans trop d'effort cette ascencion. Comme pour dire : "Ne dites pas que vous ne pouviez rien faire, ne dites pas que vous n'avez rien vu." Certes, éclairer le passer au su des événements est un peu facile mais retenir la leçon me semble plus important et plus intéressant : transposer cette histoire à la France d'aujourd'hui par exemple n'est pas évident, mais certains moments, certains événements, certains rapports entre les individus est par contre assez édifiant. Ou pétrifiant, c'est selon.

Une pièce à lire comme un document historique et un manuel d'instruction d'extincteur. Il faut l'avoir lu et être toujours prêt à s'en servir.