Le thème est original, ancrée dans une société particulière et une culture particulière.

Après 7 filles, le père DOIT avoir un garçon pour assurer son héritage (les filles n'héritent pas), et faire valoir sa virilité auprès de son entourage familial notamment. La huitième fille sera donc un garçon pour tous, sauf le père, la mère, la sage femme et l'officiant de la circoncision. On suit donc la vie d'Ahmed, qui peu à peu devient fou ou en tout cas vaguement schizophrène. Ce qui est tout à fait excusable au vu de la situation.

Tahar Ben Jelloun nous raconte l'histoire d eplusieurs manières en fait : il présente un conteur,n qui raconte l'histoire, jours après jours à une assemblée publique. Puis le conteur disparaît et les plus fervents du publics improvisent la suite. Puis peut-être Ahmed lui/elle-même. Puis el conteur revient, puis Ahmed raconte, puis on est ailleurs... J'ai un peu perdu le fil de la narration.

Voir ensuite que ce livre a été écrit en plus de 2 ans me donne une clé : l'auteur a tenté plusieurs pistes, utilisé plusieurs tentatives d'histoire et d'écritures différentes : de l'intérieur, de l'extérieur, la prospective. Je dois avouer que je n'ai pas particulièrement apprécié. En revanche, il est impossible de nier que j'ai reconnu le style de Ben Jelloun. Je n'ai lu que Le Racisme expliqué à ma fille (non-commenté sur ce site), dont les arguments ne m'avaient absolument pas convaincus, et La nuit sacrée. Eh bien la ressemblance d'écriture, de construction du récit est frappante. A tel point que j'ai cru plusieurs fois avoir déjà lu le livre !

Si je compare Tahar Ben Jelloun à Amin Maalouf, je n'hésite pas, je souscrit totalement à ce dernier mais je me rends compte qu'il est stupide de rapprocher ces deux écrivains. L'un est d'origine libanaise, chrétien, de langue arabe et écrivant en français, l'autre est marocain, de culture musulmane et de langue française essentiellement. Pourquoi les rapprocher ? Vu de ma fenêtre de français, athée mais de culture catholique (par l'histoire), ils sont tous deux "méditerranéens". C'est une bien petite fenêtre non ?

On retrouve un sujet manifestement important dans l'écriture de Tahar Ben Jelloun qui est la question du sexe et les problèmes liés à la frustration (je viens de voir sur son site officiel qu'il avait rédigé une thèse sur les "problèmes affectifs et sexuels de travailleurs nord-africains en France". On est en plein dedans ! Et si on rapproche La nuit sacrée, le compte est bon. Je en sais pas si d'autres livres de lui sont également sur le sujet, quelqu'un sait ?

"Le vent qui feuillette le livre m'enivre ; il m'emmène sur le haut d'une colline ; je m'assieds sur une pierre et regarde la ville. Tout le monde semble dormir comme si la cité entière n'était qu'un immense cimetière. Et moi, en ce lieu inaccessible, je suis seul avec le livre et ses habitants."

"Je sais, dans ce pays, une femme seule est destinée à tous les refus. Dans une société morale, bien structurée, non seulement chacun est à sa place, mais il n'y a absolument pas de place pour celui ou celle, surtout celle qui, par volonté ou par erreur, par esprit rebelle ou par inconscience trahit l'ordre."

"Un homme aux yeux gris et petits presque fermés par la fatigue et le temps, la barbe roussie par le hénné, la tête emmitouflée dans un turban bleu, assis à même le sol, étendu comme un animal blessé, regarde en direction de l'étranger qui vient de sombrer dans un profond sommeil, les yeux ouverts, simplement levés vers le plafond, ne cherchant rien, laissant passer les rêves, les miroirs, les sources d'eau, les mouches, les papillons et le jour."

Du même auteur : La nuit sacrée, L'enfant de sable.