Ce récit est un exemple de la phobie de Kafka vis-à-vis de l'administration.

Nommé dans un petit village, l'arpenteur se trouve finalement sans activité suite à une erreur de traîtement de son cas. On n'a pas besoin d'arpenteur. Mais l'arpenteur ne peut pas partir comme ça, maintenant qu'il est là, il commettrait une faute. Il lui faut d'abord rencontrer cette administration, être sûr qu'il s'agit d'une erreur et être réaffecté.

La rencontre fortuite d'une serveuse de bar l'engage au mariage, et l'enchaîne encore plus à l'administration. Tout le cheminement de cet arpenteur, au fur et à mesure qu'il "avance", va en fait le faire reculer.

Accéder au fonctionnaire chargé de son cas est impossible. Il doit donc voir le secrétaire de ce fonctionnaire. Mais ce secrétaire ne reçoit que sur rendez-vous. Rendez-vous qui ne peuvent être pris qu'à la demande du fonctionnaire. Mais ce fonctionnaire doit le voir, c'est lui qui le souhaite. Mais c'est impossible, car il a de nombreuses autres affaires bien plus importantes à traîter. La preuve, il travaille tellement qu'il en dort beaucoup.

L'enfer de Kafka réside pour l'essentiel dans la notion de labyrinthe et d'incompréhension du monde. Je veux dire par là que les personnages ne se résignent pas à se débattre dans le labyrinthe, ils passent une bonne part de leur temps à penser ce labyrinthe et à s'en faire une montagne, à réflêchir à la meilleur façon d'en sortir. Et la plupart du temps, cette façon d'en sortir les plonge dans un autre enfer, qui devrait les amener à la sortie du labyrinthe précédent mais leur apporte finalement un obstacle supplémentaire, d'où le recul systématique à chaque prise de décision, et le retour sur soi, la plainte, la complaisance dans le malheur, l'enfer selon Kafka.

Il est intéressant aussi de voir à quel point Kafka ne comprenait pas son environnement, la façon de penser des gens autour de lui : le personnage principal, "K.", donc lui-même, se méprend à chaque fois sur les pensées et les intentions des gens qui l'entoure. Il les croit à son service alors qu'ils cherchent à le détruire, les voit hostiles alors qu'ils essaient de l'aider. Tout concourt à la perte des repères, à l'éloignement du but. K. se débat dans un "piège chinois", qui plus on s'agite, plus il se ressert.

"Vous êtes sans doute étonné de notre manque d'hospitalité, dit l'homme, mais chez nous l'hospitalité n'est pas d'usage, nous n'avons pas besoin d'invités."

"C'est un principe de fonctionnement administratif que les possibilités d'erreur ne soient même pas envisagées."

"Y-a-t'il des services d'inspection ? Mais il n'y a que ça. Certes ils ne sont pas chargés de détecter les erreurs au sens grossier du terme, car il n'en arrive jamais, et même lorsqu'il s'en produit une comme dans votre cas, qui peut dire une fois pour toute qu'il s'agit d'une erreur ?"

"Il se persuada qu'on lui dissimilait la faute parce qu'il ne payait pas assez ; en effet, jusque là, il s'était toujours contenté de payer les impôts fixés, qui étaient bien assez élevés, vu nos moyens. Mais il se mit dans la tête qu'il devait payer davantage, ce qui était sûrement une erreur, car même si notre administration pour simplifier les choses, afin d'éviter les discours inutiles, accepte les pots-de-vin, on ne peut rien obtenir par ce biais."

"Pepi devait tout raconter à K. pour lui faire comprendre combien il a mal agi envers elle et l'a rendue malheureuse, puisque sans son aide il ne s'en serait pas rendu compte, même à présent. Il est vrai qu'on s'est constamment servi de lui aussi, dans toute cette histoire."