C'est manifestement une habitude chez Irving, il aime les ours, l'autriche, les zoo, les familles bizarres, le sport et la sueur, et ce que devient tout ça quand on laisse passer le temps.

Ce livre est dans la pure tradition de John Irving autant que je puisse en juger (après lecture de L'oeuvre de Dieu, la part du diable, de Le monde selon Garp, Liberté pour les ours !, L'épopée du buveur d'eau). Le narrateur est l'enfant du milieu d'une famille de 5. C'est un garçon timide mais volontaire, qui subit sa vie avec beaucoup de calme et de résignation. Il a beaucoup d'envies, et un avis sur les choses. Chaque enfant n'est pas a proprement parler un cliché, mais a une personnalité marquée. Chaque personnage a sa place dans l'histoire, sauf peut-être la mère, qui prend sa place d'une manière assez inattendue.

Il serait stupide de raconter l'histoire, cela paraitrait une épopée rocambolesque ou grossière qui ne reflète pas du tout l'intérêt du livre. Tout l'intérêt que j'y vois est dans l'écriture. Le flegme du narrateur, ses faiblesses, ses envies, ses sentiments sur son entourage. Il n'a aucune certitude sinon que "la vie est un plat de merde" et c'est l'heure du repas. Il va falloir y aller, alors on y va. Et finalement ça se passe pas si mal. Oh certes, des "accidents graves" émaillent les près de 2>5 ans de vie de cette famille, mais l'espoir est toujours là. Quand je dis espoir, ce n'est pas l'espoir qu'on peut trouver dans La bicyclette bleue ou dans J'ai quinze ans et je ne veux pas mourrir, pas un espoir de type religieux, non, juste l'idée que la vie est ce qu'elle est et qu'il faut s'en contenter, que les moments difficiles passent, qu'ils sont peut-être nécessaires, et que finalement, l'intérêt est peut être de passer par toutes les étapes, plutôt que de n'avoir que du bonheur tout le temps, ce qui serait surement lassant.

J'ai un véritable amour de l'écriture d'Irving je crois. On est toujours dans unre normalité affligeante et pourtant, tout est extraordinaire. Tout est permis, tout est possible. Les personnages transpirent, puent, baisent, ont des désirs dégueulasses, mais ont aussi envie de faire plaisir, de rester au calme, de dresser un ours... Je ne sais pas rendre ce que je ressens mais je remercie la personne qui m'a un jour mis un bouquin d'Irving dans les mains, j'ai découvert quelque chose que je souhaite à tout le monde de découvrir. Pas forcément chez John Irving, chacun vois midi à sa porte. L'important est de découvrir quelque chose, un jour.

"La première des illusions de mon père était que les ours peuvent survivre à la vie que mènent les humains, et la seconde que les humains peuvent survivre à la vie que l'on mène dans les hôtels."

"La religion n'est en fait qu'une forme de taxidermie."

"Chaque fois que quelqu'un est "pour" quelque chose, il faut être "contre". Et si qulqu'un est "contre", il faut être "pour". Si quelqu'un prend un avion qui ne se casse pas la gueule, ça signifie simplement qu'il n'a pas pris le bon avion."

"Ainsi inventons-nous nos vies. Nous nous donnons une sainte pour mère, nous faisons de notre père un héros; et notre frère aîné, notre soeur aînée -eux aussi deviennent des héros. Nous inventons ce que nous aimons et ce que nous redoutons. Il y a toujours un petit frère perdu, et vaillant- et une petite soeur perdue, elle aussi. Nous rêvons, rêvons sans cesse : le meilleur des hôtels, la famille idéale; une vie de vacances. Et nos rêves nous échappent, avec presque autant de force que nous les imaginons."

Du même auteur : L'épopée du buveur d'eau - L'hôtel New Hampshire