Le soleil se lève aussi - Ernest Hemingway
ba, lundi 14 août 2006 à 09:45 :: Livres :: 7519 lectures :: #81 :: rss
Un moment de vie d'un groupe d'Américains un peu artistes, un peu rentiers, un peu errants entre Paris et Pampelune dans les années cinquante. Une atmosphère de fin du monde, pas d'avenir, seulement le présent qui sans les faire véritablement souffrir, se verrait facilement échangé pour un autre.
Ce roman est une sorte de fin de règne. Les personnages décrits sont assez désagréables, complêtement inutiles et parasites je trouve. D'aucun sont journalistes, peintres, femme de compagnie (entendez compagne de l'un, de l'autre suivant le sens du vent), torero ou juif.
Je "sépare" un torero et un juif parce que c'est ce qui est fait dans le livre. Le juif est jaloux, stupidement amoureux, le torero est fier et stupidement dominateur. Tandis que le futur mari est profondément ivre, cocu et insouciant.
Le narrateur lui est journaliste et aficionado (il apprécie la corrida). Il prend un peu le rôle d'un homosexuel, proche de la femme facile mais absolument pas en position de coucher avec, d'où une certaine intimité qu'il aimerait peut-être transformer en coucherie mais dont il ne se sent pas capable. De son côté à elle, il ne représente pas un homme envisageable. Cette blessure à la guerre, dont on ne sait que peu de choses doit peser lourdement à cet homme.
Que dire de ce texte ? Je dois avouer que le statut que je donne aux personnages, celui de "parasites" de la société m'empêche de leur accorder véritablement ma sympathie. Cependant, suivre le narrateur au milieu de cela, sans qu'il s'engage avec cette femme, mais tout en étant finalement un peu le moteur et la référence de chacun des autres protagonistes, reste un bon moment. Si de nombreux passages de discours entre ivrognes semblent inutiles et même fastidieux, ils n'en sont pas moins les éléments d'une ambiance, d'un décor complêt. Cela fait partie de l'histoire.
Il m'a semblé, notamment au début du livre, dans la partie se passant sur Paris, qu'Hemingway était deux de ses personnages : l'un posé, calme, réfléchi et sensé, l'autre ivrogne, impulsif et décadent. Les deux faces d'une même personne, qui aurait deux personnalités.
Quand on connait un tout petit peu la vie d'Hemingway et la cause de ses pérégrinations (la maniaco-dépression ou maladie bi-polaire), on ne peut s'empêcher d'y voir un auto-portrait. Je dois avouer que cela me l'a certainement rendu plus proche, une façon de le voir se découvrir, avouer ou du moins évoquer ce qui peut être vu comme des problèmes personnels et donc un aveu de faiblesse, un trou dans la carapace insouciante des personnages.
Un livre à ne pas conseiller pour débuter avec Hemingway mais un livre indispensable pour celui ou celle qui veut connaître l'homme qu'il a pu être.
"Je croyais avoir payé pour tout. Pas comme les femmes qui paient, paient et repaient. Aucune idée de rétribution ou de châtiment. Un simple échange de valeurs. Vous renoncez à quelque chose et vous recevez quelque chose en échange. Ou bien vous travaillez pour quelque chose. VOus payez toujours, d'une façon ou d'une autre, pour toutes les bonnes choses. J'avais payé pour assez de choses que j'aimais et je m'étais donné du bon temps. On paie, soit en entendant parler de ces choses, soit par expérience, soit en cpurant des risques, soit avec de l'argent. Jouir de la vie consiste à savoir en obtenir le plus possible pour son argent."
"Le garçon me parut un peu offensé au sujet des fleurs des Pyrénées, aussi lui donnai-je un grospourboire. Cela le rendit heureux. Je me sentais à l'aise dans un pays où il est si facile de rendre les gens heureux. On ne sait jamais si un garçon espagnol vous remerciera. Tout repose sur des bases financières si nettes en France. Il n'y a pas de pays où il soit plus facile de vivre. Personne ne complique les shoses en devenant votre ami pour d'obscures raisons. Je dépensai un peu d'argent et le garçon m'aima. Il apprécia ma valeur marchande. il serait heureux de me revoir, et il me ferait asseoir à une de ses tables. Ce serait une affection sincère parce qu'elle reposerait sur une base solide."
Du même auteur : L'étrange contrée - Le soleil se lève aussi.


Commentaires
1. Le mardi 26 septembre 2006 à 06:07, par Eric
2. Le mardi 3 octobre 2006 à 19:14, par ba
3. Le mardi 24 octobre 2006 à 10:27, par Sido
4. Le mardi 12 janvier 2010 à 19:15, par vite
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