De sang froid - Truman Capote
ba, jeudi 3 août 2006 à 09:05 :: Livres :: 1146 lectures :: #78 :: rss
Basé sur une histoire vraie, écrit comme un récit de journaliste, à la fois froid et partie prenante, l'histoire nous est contée comme une confidence, un rapport exhaustif des faits. Alternance de descriptions extérieures, de citations, parfois dans l'observation des protagonistes, parfois dans leurs têtes, parfois face à eux qui racontent, un style très américain 60's.
Une toute petite bourgade du Kansas est le siège du massacre d'une famille bien sous tout rapport. L'enquête n'a rien de particulièrement intéressant. On n'est pas dans un roman policier à traquer le coupable. Ce n'est pas le sujet du livre. L'histoire est déjà terminée, on sait tout. Du moins l'auteur sait tout. Il va nous raconter toute l'histoire. L'histoire qui a pu être reconstruite après coup, à la suite des récits de tous les intervenants. Les policiers, les agents du FBI et du KBI, les coupables, leurs familles, les victimes et leurs proches.
On est dans une reconstitution à taille réelle de toute l'affaire. L'intérêt principal réside selon moi dans ce fait que tout est déjà plié, on le sait. Mais on découvre les choses au fur et à mesure. Style journalistique de qualité. J'ai ressenti comme une implacable marche du destin l'avancée de l'histoire. La fuite en avant des coupables, la recherche menée par les principaux policiers. L'insouciance intermitante des meurtriers, leur évolution psychologique. Tout s'est déjà passé, il n'y a pas à y revenir. Les erreurs se reproduisent, les succès ré-éclatent.
Une photo de l'Amérique du début des années soixante ou la guerre mondiale est totalement absente et où le Viet-Nam n'est pas encore dans toutes les têtes. L'errance de deux hommes plus ou moins méchants, où les actes ne sont pas toujours en relation avec les paroles. Dans tous les sens possibles.
Il ressort une certaine fatalité de ce livre. L'existence d'un destin. Si j'ai trouvé que la question de la peine de mort n'est pas véritablement abordée, la fin appuie davantage sur les notions de culpabilité "officielle" et de culpabilité "morale". Quelle responsabilité attribuer à un meurtrier pleinement conscient de son acte mais légèrement déviant ? Et à celui qui le pousse à tuer sans se salir les mains ?
Si les traitements actuel des assassins, en France du moins, n'est pas équivalent à celui qui prévalait au Kansas en 1960, quel est-il vraiment ? y-a-t'il une vérité sur le sujet ?
"La voiture roulait. Trente mètres en avant, un chien courait le long de la route. Dick fit un crochet dans sa direction. C'était un vieux batard à moitié mort, fragile et galeux, et le choc que fit le chien contre la voiture fut à peine plus violent que celui qu'aurait causé un oiseau. Mais Dick était satisfait. "Eh ben mon vieux !" fit-il, et c'était là ce qu'il disait immanquablement après avoir écrasé un chien, chose qu'il faisait chaque fois que l'occasion se présentait. "Eh ben mon vieux, pour sûr qu'on l'a écrabouillé !""
"Tu es un être humain doué d'un libre arbitre. Ce qui te place au-dessus des animaux. Mais si tu traverses la vie sans pitié et sans compassion pour ton semblable, tu es comme un animal."
"Il est presque impossible à un homme qui jouit de la liberté et de toutes ses prérogatives de se rendre compte de ce qu signifie la privation de cette liberté."
"- Ils sentent rien. La trappe s'ouvre, ils ont le cou cassé, et ça y est. Ils ressentent rien. - Vous êtes certain ? Moi j'étais vraiment près. J'pouvais l'entendre râler. - Hum hum ! mais il sentait rien. Autrement, ça serait pas humain."


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