Je ne m'attendais pas vraiment à ça.

Je partais innocemment sur un roman, ou une nouvelle contant le dernier jour d'un condamné à la guillottine mais c'est beaucoup plus que ça.

Cette nouvelle est un plaidoyer pour l'abolition de la peine de mort, un réquisitoire contre l'assassinat légal, un cri contre la barbarie, une prière pour la vie.

Hugo se lache complêtement dans ce récit. Il ne mâche pas ses mots, il parle crûment des sentiments de cet homme, les pensées qui lui viennent, ses regrets, ses remords, ses envies. Il cite également tous ceux qui sont au contact du condamné, les geôliers, les gendarmes, le personnel judiciaire (juge, avocats...). Tous sont montrés du doigt, tous sont mis en face de leurs responsabilités.

Cette nouvelle est suivie de deux autres, très courtes sur le même thème, la condamnation d'un homme bon parce qu'il a tué un homme mauvais. Et une histoire vraie, l'affaire Tapner, pour laquelle Hugo s'était engagé publiquement, pour éviter la pendaison d'un homme à Guernesey.

"Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D'abord, - parce qu'il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore. - S'il ne s'agissait que de cela, la prison perpétuelle suffirait. A quoi bon la mort ? vous objectez qu'on peut s'évader d'une prison ? faites mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir des ménageries ?"

"Ce bon geôlier, avec son sourire bénin, ses paroles caressantes, son oeil qui flatte et qui espionne, ses grosses et larges mains, c'est la prison incarnée, c'est Bicêtre qui s'est fait homme. Tout est prison autour de moi ; je retrouve la prison sous toutes ses formes, sous la forme humaine comme sous la forme de grille ou de verrou. Ce mur, c'est de la prison en pierre, cette porte, c'est de la prison en bois, ces guichetiers, c'est de la prison en chair et en os. La prison est une espèce d'être horrible, complèt, indivisible, moitié maison, moitié homme. Je suis sa proie ; elle me couve, elle m'enlace de tous ses replis. Elle m'enferme dans ses murailles de granit, me cadenasse sous ses serrures de fer, et me surveille avec ses yeux de geôlier."

Du même auteur : Les derniers jours d'un condamné, Les misérables