Ce livre n'a rien à voir avec Le petit prince. Il s'accorde bien davantage à Vol de nuit.

Rappelons-nous que Saint Exupéry était avant tout pilote de l'aéropostale et non écrivain. Ce texte est un recueil d'impressions, de récits d'un atterrissage d'urgence, d'un crash, d'une angoisse ou d'un espoir.

Le passage en hommage à l'épopée de Guillaumet, dont l'avion s'était écrasé au coeur des Andes, dans la neige est pour moi un monument parmi les hommages. L'auteur n'est pas dithyrambique à propos de son "collègue", il est simple et juste. Il a manifestement un respect non pas immense mais juste un vrai respect de l'homme, de l'acte. Certaines phrases sont d'une intensité extraordinaire. Je repense à des histoires de Lovecraft où la seule manière trouvée par l'auteur pour marquer l'horreur d'une situation est de la qualifier "d'indiscible". On a ici tout l'inverse. Des mots simples et pas de superlatifs suffisent à générer une force impressionnante.

"Le radio, sagement, sous la lampe, note des chiffres, le mécanicien pointe la carte, et le pilote corrige sa route si les montagnes ont dérivé, si les sommets qu'il désirait doubler à gauche se sont déployés en face de lui dans le silence et le secret de préparatifs militaires."

"Enfin, après douze années de travail, comme il survolait une fois de plus l'Atlantique Sud, il signala par un bref message qu'il coupait le moteur arrière droit. Puis le silence se fit. La nouvelle ne semblait guère inquiétante, et, cependant, après 10 minutes de silence, tous les postes radio de la ligne, de Paris jusqu'à Buenos Aires, commencèrent leur veille dans l'angoisse. Car si dix minutes de retard n'ont guère de sens dans la vie journalière, elles prennent dans l'aviation postale une lourde signification. Au coeur de ce temps mort, un événement encore inconnu se trouve enfermé. Insignifiant ou malheureux, il est désormais révolu. La destinée a prononcé son jugement, et, contre ce jugement, il n'est plus d'appel : une main de fer a gouverné un équipage vers l'amérrissage sans gravité ou l'écrasement. Mais le verdict n'est pas signifié à ceux qui attendent."

A propos de l'amitié : "Il est vain, si l'on plante un chêne, d'espérer s'abriter bientôt sous son feuillage".

"Etre homme, c'est précisément être responsable. C'est connaître la honte en face d'une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C'est être fier d'une victoire que des camarades ont remportée. C'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde."