Le ventre de Paris - Emile Zola
ba, vendredi 24 mars 2006 à 22:25 :: Livres :: 4348 lectures :: #54 :: rss
Dans la saga des Rougon Macquart, je voudrais le troisième... Bonne pioche ! Ou le monde commerçant, dans et autour des Halles de Paris sous la Restauration. Un monde grouillant de vie et de mort, de viande et de légumes, d'espoirs et de jalousies.
Après avoir lu La Terre, qui se passe exclusivement en pleine campagne, où la plus grande ville doit avoir 2000 habitants, voici venir la plus grande ville de France et son coeur, son ventre, au propre comme au figuré, les Halles. Un marché énorme où se concentrent tous les vendeurs d'alimentation à destination du tout Paris et de la couronne. Les étals sont pleins et Zola abonde dans la description de toutes ces marchandises. Les amateurs de description de paysages seront servis ! Des pages et des pages à détailler les viandes, suintantes, saignantes, plumées, déplumées, les poissons et leurs formes, leurs odeurs, les fromages, les légumes variés... Un véritable arc-en-ciel de couleurs, de formes qui forme le décor d'une histoire simple.
Un échappé du bagne tente de se reconstruire après sept années d'exil. On sent dans ce personnage les aspirations de Zola, ses idées modernes sur le gouvernement, son envie de liberté, d'égalité. La révolution rouge couve.
On assiste aussi à une superbe démonstration de la petitesse des gens. Les commérages qui font et défont les alliances, qui détruisent des vies, qui font les fortunes. Un régal de sournoiserie, de veulerie, de petitesse et de méchanceté.
Il n'y a pas de doute, Zola sait peindre les caractères. Cette tranche de vie d'environ une année aux Halles toutes neuves (les fameux pavillons dessinés par Baltard) plonge le lecteur dans une ambiance bigarrée et complexe, avec ses cas typiques, ses attirances, ses dégoùts.
Une bonne lecture pour qui veut changer de monde. En effet, l'intrigue est à peu près inexistante mais c'est le décor qui compte, l'ambiance, les gens et les choses.
Etrange cette sensation de changement total d'horizon entre La Terre ou l'espace est palpable et ce Ventre de Paris où pas un mètre carré n'est libre.
"Les salades, les laitues, les scaroles, les chicorées, ouverte et grasses encore de terreau, montraient leurs coeurs éclatants; les paquets d'épinards, les paquets d'oseille, les bouquets d'artichauts, les entassements de haricots et de pois, les empilements de romaines, liées d'un brin de paille, chantaient toute la gamme du vert, de la laque verte des cosses au gros vert des feuilles; gamme soutenue qui allait en se mourrant, jusqu'aux panachures des pieds de céleris et des bottes de poireaux."
"Alors, pourquoi parles-tu de renverser le gouvernement, qui te protège et te permet de faire des économies ? Tu as une femme, tu as une fille, tu te dois à elles avant tout. Tu serais coupable si tu risquais leur bonheur. Il n'y a que les gens sans feu ni lieu, n'ayant rien à perdre, qui veulent des coups de fusil. Tu n'entends pas être le dindon de la farce peut-être ? Reste donc chez toi, grande bête, dors bien, mange bien, gagne de l'argent, aie la conscience tranquille, dis-toi que la France se débarbouillera toute seule, si l'Empire la tracasse. Elle n'a pas besoin de toi la France !"


Commentaires
1. Le vendredi 1 décembre 2006 à 16:22, par mick
2. Le mardi 15 avril 2008 à 15:31, par Roxane
3. Le mercredi 11 janvier 2012 à 14:18, par machine à sous gratuite
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