Un tout petit texte, moins de 100 pages, mais qui pèse son poids.

C'est le récit d'un séjour en prison, d'une série de tortures, d'une résistance, d'un suicide, d'une évasion, d'une survie. On en prends plein la figure.

Le style est direct, sans fioritures, sans détours. Un arrachage d'ongle est un arrachage d'ongle. Il n'est pourtant pas uniquement descriptif d'événements. Bien au contraire, il fait une large part aux sentiments du personnage central, à sa douleur, à ce qu'il espère encore ou ne redoute plus. On entre dans sa tête, on partage sa peur, ses espoirs, le relachement quand les liens se déssèrent.

Le moment le plus dur est peut-être le plus incroyable. J'ai du mal à m'imaginer qu'un être humain, même devant le seul espoir du suicide à tout prix, peut agir comme le raconte l'auteur. Je n'en dis rien, ça ne se raconte pas, pas quand on ne l'a pas vécu. Enfin je pense.

A lire à tout prix mais réservé aux plus de 18 ans. Quelqu'un d'autre a lu ce texte ?

"L'un d'eux un gardien alla même chercher pour moi un petit verre avec quelque chose de fort et me le tendit. Je détournai la tête. Il comprît, n'en but que la moitié sous mes yeux et approcha de nouveau le verre de mes lèvres. Alors seulement j'avalai, et je repris progressivement des forces."

"Je n'étais plus un homme mais un déchet. Mon corps n'était plus qu'un poids pour moi. Ma vie brisée, l'avenir brouillé. Je n'étais que volonté, volonté farouche de ne pas céder, de ne pas parler."

"... si le principe "Je dénonce un seul camarade pour me sauver moi-même" avait été appliqué à son tour (avec le même droit que celui que je me reconnaissais à moi-même) par la personne que j'avais mise en cause, et ainsi de suite, on déclencherait une interminable série d'arrestations, dont la responsabilité, en définitive, pèserait toujours sur celui qui avait été le premier à mettre en branle le système, à commencer la chaîne."