Voilà une lecture plaisante !

un ton résolument sarcastique mais laissant la part belle à la description des situations. Une tranche de vie d'un village de France à la fin du 19ème siècle après le passage des prussiens, les hésitations politiques entre la République et l'Empire, les curés et les laïcs, l'ancien et le nouveau monde finalement. Les familles se partagent entre ces penchants et se déchirent de l'intérieur, ou pas, c'est selon.

Le procédé de la jument verte pour faire passer les commentaires de l'auteur est assez innovant je trouve (je ne l'avais pas encore rencontré il me semble). Le portrait de la jument trône dans la salle à manger d'une famille. La jument assiste donc comme un témoin invisible à tous les événements de la famille et se forge son propre avis. On alterne entre narration classique, plus ou moins engagée et partiale et narration par la jument qui elle affirme son avis, souvent à contre courant de la pensée générale.

On apprend le fin mot de l'histoire de cette jument au détour d'un paragraphe mais cela est sans importance, ce qui compte c'est ce qu'elle pense cette jument et ce qu'elle nous raconte de la vie des gens. Cette vie qu'on ne devrait pas connaître mais qui nous est livrée, comme un voyeur observe par le trou de la serrure.

C'est mon premier livre de Marcel Aymé, je n'en suis absolument pas déçu. Il va falloir que je vois ce qu'il a écrit d'autre,si quelque chose me tente.

"Comme les rimes venaient mal, il chercha autre chose et pensa ne pouvoir moins faire que d'entrer dans les ordres. Il serait frère prêcheur. Déjà, il se voyait vétu de bure, avec une retombée de cordelière qui lui battait les jarrets. Quand il fit part de son dessein à sa famille, [son père] lui dit simplement : "Tu seras privé de dessert jusqu'à ce que tu aies changé d'avis." "

Du même auteur : La jument verte, Le passe-muraille.