Pierre angulaire
ba, mercredi 30 novembre 2005 à 17:08 :: Livres :: 1222 lectures :: #16 :: rss
La lecture de Black Boy de Richard Wright est édifiante pour la littérature noire américaine. On se place dans la tête d'un jeune noir américan, on se cogne à ses murs, à ses espérances. Extraordinaire et obligatoire.
J'ai entendu parler de ce bouquin il y a très longtemps déjà mais je ne l'avais jamais lu.
C'est à mon avis la pièce fondatrice de toute la littérature noire américaine. La jeunesse d'un noir américain au début du 20ème siècle, donc après l'abolition de l'esclavage mais avant MLK, les Black Panthers...
Les Blancs n'avaient pas encore mauvaise conscience et se sentaient bien dans une société d'apartheid de fait. Ce jeune garçon ne parvient pas à rester dans le moule qu'on lui impose, il déborde, il réfléchit trop, il n'accepte pas les yeux fermés et se retrouve donc en conflit avec tout son entourage : famille, école, voisins...
"A regarder manger les Blancs, mon estomac vide se contractait et une colère sourde montait en moi. Pourquoi ne pouvais-je pas manger quand j'avais faim ? Pourquoi faut-il toujours que j'attende jusqu'à ce que les autres aient fini ? Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi certaines personnes avaient assez à manger et d'autres pas."
"La question de savoir si je croyais en Dieu ou non n'était pas encore réglée dans mon esprit ; Son existence ou Sa non-existence ne me préoccuppait pas. Je me disais que s'il existait un dieu omniscient et tout-puissant qui connaissait le commencement et la fin, qui distribuait la justice à tous, qui était maître de la destinée de l'Homme, ce Dieu saurait certainement que je doutais de Son existence et se moquerait de ma sotte dénégation. Et s'il n'y avait pas de dieu, alors pourquoi tant d'histoires ? Je ne pouvais m'imaginer Dieu s'arrêtant dans la conduite d'univers inconcevablement vastes pour s'inquiéter de ma personne."
"Etais-je réellement aussi mauvais que mes oncles, mes tantes et grand-mère me le répétait ? Pourquoi était-ce mal de poser des questions ? Avais-je raison de résister aux punitions ? Il me semblait inconcevable de me soumettre à ce qui était faux, et la plupart des personnes que j'avais vues me semblaient raisonner faux. Devait-on ses oumettre à une autorité même si on ne la trouvait pas fondée ? Si la réponse était affirmative, j'étais destiné à toujours avoir tort, car je savais que je ne pourrais jamais le faire. Alors comment pouvait-on vivre dans un monde dans lequel l'intelligence et la perception des faits ne voulaient rien dire, et où l'autorité et la tradition étaient tout ? Il n'y avait pas de réponse."
"Le rêve que j'échafaudais, tout le système d'éducation du Sud avait pour mission de l'étouffer. L'Etat du Mississippi avait dépensé des millions de dollars pour s'assurer que je n'éprouverais jamais les sentiments que j'étais précisément en train d'éprouver ; je commençais à sentir ce que les lois de ségrégation des Nègres devaient empêcher de laisser parvenir à ma conscience ; j'agissais d'après les impulsions que les sénateurs du Sud, dans la capitale de notre pays, s'étaient efforcés d'éliminer de la vie noire ; je commençais à rêver les rêves que l'Etat avaient proclamés faux, dont les écoles avaient dit qu'ils étaient tabous."

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